article : Parents d’un enfant esseulé.

Parents d’un enfant esseulé.

 La perte d’un tout petit en cours de grossesse laisse souvent les parents désemparés. La mère, mais aussi le père vont avoir différentes réactions possibles pour appréhender l’événement : tout d’abord, ils ressentiront un choc, à l’annonce de la nouvelle. Celle-ci leur sera faite par une personne extérieure, comme le médecin qui pratique l’échographie, ou la sage femme lors de l’accompagnement à la naissance. Parfois, la mère elle-même sentira certains symptômes, comme des pertes de sang, ou des contractions de l’utérus, et interprétera elle-même les signes que « quelque chose ne va pas »

Selon l’état d’avancement de la grossesse et l’investissement affectif, les parents ressentiront des émotions différentes en intensité, qui vont d’une angoisse diffuse, à une peur plus explicite, de la tristesse, de l’irritabilité, de la morosité, de la culpabilité, de l’inquiétude, ou, rien du tout ! En effet, il se peut que les parents fassent tout simplement un déni de ce qui se passe pour leur tout petit en danger. La perte passera sous silence. Et, par la suite, on fera « comme si rien ne s’était passé ». Les parents ne sont pas toujours conscients, ils ont d’autres soucis et refoulent peut-être aussi les sentiments liés à la perte. Ceci explique que, parfois, le jumeau né seul ne sera pas informé de la perte in utéro d’un frère, d’une sœur en devenir…

Si les parents sont attentifs, la révélation de l’arrêt de vie de l’enfant en devenir leur permettra de ressentir adéquatement les émotions et sentiments typiques du deuil, généralement : déni, colère, tristesse, culpabilité, honte, acceptation que l’enfant est perdu, puis, nouvel espoir pour l’enfant en vie. La présence à ses côtés d’un petit bien vivant viendra accélérer ce processus, mais pas toujours : les parents sont pris dans des émotions contradictoires et des questions existentielles : pourquoi eux, pourquoi lui, que s’est-il passé, sont-ils de bons parents, et ce bébé en devenir qui reste, que se passe t-il pour lui ? Souffre-t-il, comment est sa santé ? Autant de questions auxquelles il est bien difficile de répondre. Accueillir ces émotions et ces questionnements sera d’une grande importance pour les parents, mais aussi pour le petit qui reste.

Voyons maintenant l’événement selon les personnes concernées :

- La mère, plus impliquée dans son corps, peut laisser plus facilement émerger ces sentiments, d’autant plus qu’elle est soutenue par son compagnon, sa  propre mère, sa famille ou les personnes de son entourage à qui elle  a parlé de la perte du fœtus. Les personnes mises au courant pourront l’aider à faire face à cet événement.  Parfois l’entourage, croyant bien faire, invite trop précocement la mère à oublier cet événement, en disant des choses terribles comme : « tu en as un autre, sois déjà bien contente, il t’en reste un ; c’est peut-être mieux comme cela ; c’aurait été trop de travail, etc… » Ces remarques maladroites marquent profondément le cœur des parents, et signent parfois un reproche indélébile envers les personnes qui ont dit ces paroles.

Pour aider la mère, il est recommandé d’en parler avec elle. Le fait de mettre des mots, de se sentir comprise libère de la souffrance, du chagrin et du sentiment de vide inévitable à ce stade La mère est encouragée à accueillir ses émotions, à exprimer sa tristesse, le désespoir qui la touche « dans ses tripes» et à les partager avec son entourage qui est pour elle d’un grand réconfort.

La meilleure proposition est simplement  d’écouter, d’être présent et d’accueillir les paroles, les émotions du parent, de reconnaitre que cet enfant en devenir avait déjà une place importante dans la famille. Cette reconnaissance va bien au-delà de la cellule familiale, les grands- parents également sont concernés. Mais parfois, cette perte rappelle aux grands- parents, une fausse couche, un deuil non fait ou qui n’a pas été suffisamment parlé.  À l’occasion de la naissance, ou de l’évocation de la perte du fœtus chez les parents, les souvenirs enfouis peuvent alors resurgir et être apaisés.

- Le père de prime à bord plus distant - du moins le croit-on à mauvais escient - participe lui aussi à ce processus. Le déni est d’autant plus présent  que l’homme sent qu’il doit « être fort »: il a tendance à minimiser, voire à gommer l’importance de l’événement ; parle (trop vite) du futur, sans nécessairement écouter dans son cœur et dans son corps ce que cette perte a comme conséquence sur lui-même et sur sa femme. Il doit pourtant lui aussi reconnaitre que le petit en devenir était important pour lui et se sentir concerné par cette perte. Il est parfois déçu. Peut-être attendait-il inconsciemment un enfant d’un sexe particulier et que celui- ci ne se présentera pas ? Dialoguer avec le père, l’inciter à exprimer ce que l’événement représente  pour lui peut se révéler intéressant, mais, le père est de préférence dans le « faire » et dans l’agir : Il pourra par exemple proposer de construire quelque chose pour et avec l’enfant plus grand : décorer sa chambre, construire une cabane, ces pas sont très important pour donner une autre coloration moins triste à la perte.

 - Ensemble, les parents repenseront à l’enfant à naître.  Ils prendront conscience de leur investissement affectif, de leurs attentes pas toujours formulées, de leurs rêves à propos du petit en devenir dont la vie s’est arrêtée. Ils se remémoreront  le moment de la conception, lorsqu’il était déjà bien présent dans leur tête mais aussi dans leur cœur : n’oublions pas que l’enfant est déjà dans l’inconscient des parents, plusieurs mois avant la conception. Ils recontacteront cet investissement déjà visible aux premiers moments de la grossesse : à l’arrêt des règles, lors des premiers tests, au moment des premiers symptômes que la femme est enceinte, à la première échographie… Ils étaient déjà tout habités par ce futur qui venait bouleverser leur petit monde. Ces changements dans leur cycle de vie correspondent à une ouverture du corps et du cœur tout à fait naturelle, qui permet une implantation, un développement et un accueil harmonieux de l’enfant à naître.

Ils devront aborder le deuil de toutes leur pensées, leur constructions, leurs illusions  à propos de cet enfant en devenir qui ne sera pas présent…

Que dire lorsque la grossesse annoncée comporte plusieurs futurs bébés, dont l’un part, parfois sans laisser de traces, et l’autre est bien vivant ? Les parents se sentent souvent responsables de ce qui arrive au bébé survivant. Il voudrait lui éviter de sentir la souffrance, faire en sorte qu’il ne lui arrive rien, ils sont peut-être préoccupés par sa prématurité et l’assistance des autres enfants de la famille. Les parents sont pris dans cette dualité qui s’exprime dans cette question : Comment accueillir la tristesse pour le petit perdu, alors qu’on devrait se réjouir de la bonne venue de l’autre ?

Ils se posent des questions sur le ressenti du petit qui reste : continue-t-il  à bien se développer ? Est-il en danger ? Est-il touché par ce qui se passe pour son frère, sa sœur ? Que doit-on faire pour lui ? Toutes ces questions existentielles et matérielles font partie du processus naturel de la vie ; tenter d’y répondre leur permettra d’être plus en paix. Une autre question survient quelques années après la naissance : doit-on dire quelque chose à l’enfant survivant ?

L’approche attentive de cette problématique nous donne des éléments de réponses : nous remarquons que plus la perte a été « élaborée », c'est-à-dire acceptée, intégrée, mise en mot et mise en SENS, plus l’enfant et la famille se sentira mieux à l’avenir ! Nous proposons quelques pistes :

- Avant la naissance : parler à l’entourage, de cette grossesse et de son arrêt sans tabou ; donner une place à l’absent.

- Avec le tout petit : raconter ce qui se passe, même lorsque l’enfant est encore dans le ventre de sa maman, car l’enfant ressent les émotions de sa mère mais aussi ses propres émotions ; il entend la voix rassurante de son père, de sa mère, et ressent les intentions formulées par les parents au plus profond de son être. Il faut le rassurer, lui expliquer que ce n’est pas de sa faute, que c’est un accident, même si la perte est précoce. Il faut l’informer de ce qui se passe mais aussi de ce que va être sa naissance, parler du ressenti du père, de la mère, des frères et sœurs qui tiennent à lui ; lui dire que ces émotions ne sont pas les siennes, qu’il a ses propres sentiments et ressentis, enfin, le rassurer et lui dire qu’on l’aime tout autant.

- Avec le petit perdu : il faut le remercier d’avoir été là, pour son frère/sa sœur, bien vivant ( e ) lui faire une place en parole et aussi dans le cœur des parents ; lui parler en le nommant, le rassurer que ce n’est pas sa faute, que c’est « un bon petit », que le cœur de parent était assez grand pour l’accueillir, mais que la vie l’a voulu ainsi, que c’est un accident, un événement qui dépasse. On peut lui demander d’accompagner son frère/sa sœur en tant que présence pour la suite de la grossesse, et ensuite, comme ange dans la vie, pour le guider, le conseiller spirituellement.

Il existe un tas de rituels qui peuvent aider les parents, mais aussi les autres membres de la famille, en particulier les frères et sœurs, ce sont des rituels de deuil. Ils permettent de dire au-revoir au petit et de rendre à chacun  une place juste :

- Lui donner un prénom, bien distinct ;

- L’inclure dans le faire part de naissance, sous forme d’une allusion bienveillante, ou d’un dessin ;

- Lui allumer une bougie, faire un discours lors d’une cérémonie familiale ou religieuse ;

- Attacher des rubans, lâcher un ballon dans le ciel avec des messages positifs ;

- Méditer ou prier en famille, avec les enfants rassemblés et le reste de la famille ; demander aux ancêtres plus anciens de l’accueillir dans « l’autre monde » ;

- Trouver un SENS à sa disparition.

Ces rituels ou actions symboliques aident vraiment à reconnaitre (faire une place dans la mémoire) et trouver la paix.

Plus tard, les parents pourront raconter à l’enfant né seul son histoire, le faire dessiner, lui proposer d’autres actions :

- Construire une boite à trésor ou à secret pour l’autre, boite que l’on garde et qu’on enterre au moment de l’adolescence ;

- Lui donner une place dans l’album-photo, sous forme symbolique, par exemple ;

- Planter un arbre pour chacun ;

- Lui destiner une musique que l’on écoute à des moments particuliers.

À chaque famille de trouver les réponses créatives qui lui convient !

À l’adolescence, période de renaissance et de transformation, certains symptômes peuvent resurgir qui parlent du niveau existentiel : échec scolaire, sportif ou autres, déprime, sentiment de vide, distraction, rejet. C’est le moment d’en reparler, de revisiter les émotions enfouies et les souvenirs.

D’autres solutions peuvent être accessibles à ce moment particulier, on peut proposer à l’adolescent  de participer à  une séance de kinésiologie, d’ostéopathie, ou de constellations familiales centrées sur les symptômes, qui fera sans doute le lien avec la problématique du jumeau perdu. On peut aussi lui proposer d’exprimer ses sentiments sous forme plastique, artistique, lui offrir un objet double pour son anniversaire… On peut aussi envisager avec lui ce qui lui ferait vraiment du bien : construire quelque chose de neuf avec son père, partir un week-end avec sa mère pour explorer quelque chose d’inconnu… Les actions possibles ne manquent pas.

 De cette façon, chacun pourra trouver une place juste au sein de la famille, s’affirmer. L’événement, de triste au départ, pourra évoluer vers une formulation positive au sein de la famille. Chacun des membres de la famille en sera reconnaissant aux autres et pourra aller vers plus de lien, de gratitude et d’ouverture vers la vie et ce quelle nous réserve.

M-E Mespouille,

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Date de dernière mise à jour : 17/10/2016

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